Aujourd'hui l'économie

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RFI - Dominique Baillard

Pour mieux comprendre notre environnement, Aujourd'hui l'économie vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique. Un focus quotidien complété par une sélection d'informations économiques. Le vendredi, diffusion d’« Aujourd’hui l’économie, le Portrait », celui d’un acteur ou actrice de cette actualité, d’une entreprise grand ou petite...    

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Aujourd'hui l'économie - Pourquoi des millionnaires militent pour payer plus d’impôt

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Les ultra-riches se mobilisent pour réduire les inégalités. Ils sont plus d’une centaine à avoir signé une lettre ouverte publiée au forum de Davos et appelant leurs alter ego à payer plus d’impôts. C’est la révolution des grandes fortunes ?

Ils entament leur lettre en s'adressant à leurs camarades millionnaires, comme un clin d'œil aux luttes du passé. Mais ces privilégiés sont encore ultras minoritaires, ils sont surtout très tendance dans les milieux libéraux états-uniens. Car l'initiative arrive tout droit des États-Unis. Un pays qui a aussi le triste record des inégalités parmi les pays industrialisés. L’explosion de la pauvreté combinée à la culbute des grandes fortunes est devenue trop indécente aux yeux de quelques-uns des membres de la classe des hyper riches. Depuis 1978 les revenus des dirigeants américains ont crû de 940%, ceux des employés de 12%. Pour dénoncer ce qui leur est devenu intolérable, ces riches ont fondé il y a dix ans le groupe de pression « des patriotes millionnaires ». Ils ne sont pas bien nombreux, 200 membres environ alors qu'on dénombre 10 à 12 millions de millionnaires aux États-Unis. Ces riches veulent payer plus de taxes, ils se définissent comme des traîtres à leur classe. Leur président, Morris Pearl, un ancien directeur de BlackRock, le gérant de fonds symbole de cette course au profit, estime que la solution à la montée des inégalités n’est pas la philanthropie, mais bien l’impôt, pour financer des politiques publiques redistributives.

Pourquoi lancent-ils un appel à Davos?

Ils ont vu les laissés-pour-compte de la croissance descendre dans la rue l’an dernier, dans le monde entier, de l’Amérique du Sud au Moyen-Orient en passant par l’Afrique, et ils estiment donc qu’il y a urgence à agir non seulement aux États-Unis, mais aussi au niveau mondial. Leur combat est très politique. Pour eux la cohésion de nos sociétés est en train de se fissurer sous la pression de ces écarts de revenus. Les patriotes millionnaires militent aussi pour que la voix des plus défavorisés compte. Ils ne veulent plus d’un gouvernement par les riches pour les riches et appellent les plus pauvres à reprendre en main leur destin. Dans cet appel de Davos, ils dénoncent enfin l’évasion fiscale, devenue un mal endémique, qu'ils évaluent à 10% du PIB mondial. Cent vingt et une personnes ont signé cet appel. Parmi elles, l'héritière des studios Disney, Abigail Disney devenue une activiste de la lutte contre la pauvreté, pas mal de gens du spectacle ou du sport comme le scénariste Richard Curtis ou encore le joueur de basket David Lee. Des entrepreneurs déjà engagées dans d’autres combats comme le milliardaire soudanais Mo Ibrahim. Tous ne sont pas membres des patriotes millionnaires.

Quel écho peut avoir cette lettre ouverte ?

Leur appel ne fait que quelques lignes dans les journaux, on est loin d'être à la veille d'un grand soir fiscal mondial. Mais c'est une nouvelle contribution au débat sur l'impôt et un caillou dans la chaussure des ultra-riches. On n’a jamais autant parlé du besoin de taxer davantage au forum de Davos, là où les décideurs du monde entier se retrouvent. Et puis aux États-Unis où Donald Trump a encore baissé les taxes, c'est un sujet qui est en tête de l'agenda de plusieurs candidats à l'investiture démocrate. Selon deux enquêtes, une majorité d'Etats-Uniens, y compris parmi les électeurs conservateurs, souhaitent que les très riches paient plus d'impôt.

►En bref

En Afrique du Sud les coupures de courant ont généré plus de 8 de milliards de dollars de pertes pour l'économie

Cette évaluation vaut pour l'année 2019 et elle pourrait bien se répéter pendant deux ou trois ans avertis le conseil sud-africain pour la recherche scientifique et industrielle. Cet organe de conseil recommande vivement au gouvernement d'assouplir la régulation pour faciliter l'auto production par les entreprises ou les particuliers. Les pannes géantes d'Eskom sont le principal frein à la croissance.

Le nouveau directeur de Boeing annonce la reprise de la production du 737 max pour le mois de juin

C'est-à-dire avant l'autorisation de remise en service de l'appareil. Le Max représente les deux tiers du carnet de commandes de l'avionneur. Dans sa première conférence de presse, David Calhoun s'est employé à rassurer les investisseurs et les salariés: il n'y aura pas de licenciements. En revanche les sous-traitants souffrent, ils ont déjà supprimé plusieurs milliers d'emplois.

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Aujourd'hui l'économie - La suspension de la taxe Gafa: pause ou reculade?

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La France s'apprête à suspendre l’encaissement de la taxe Gafa jusqu’à la fin de l’année pour éviter les représailles commerciales des États-Unis. Cette concession faite à Donald Trump va-t-elle enterrer cette taxe ou bien au contraire faciliter son adoption ?

En juillet dernier, la France décide seule d’imposer cette taxe de 3% sur les géants de la tech, qui, de fait, sont tous américains, d'où ce surnom de taxe Gafa. Faute de consensus européen, Paris a décidé de jouer la carte des « irréductibles du village gaulois ». Et cette tactique s’est révélée contre-productive, puisqu'elle a très vite provoqué le courroux de Washington. Cette taxe, qui devrait générer environ 500 millions d'euros de recettes, a ainsi exposé les pépites de l’export français - le vin, le parfum et le fromage - à des sanctions commerciales américaines à la portée dévastatrice. +100% de droits douaniers, ce qui double leur prix pour le consommateur américain. On saura aujourd’hui si elles sont vraiment abandonnées.

Le sujet de la taxe Gafa réglé à Davos

Il y aura un rendez-vous entre le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, et son homologue américain. Ces représailles auraient aussi entraîné l’Europe dans une guerre commerciale contre les États-Unis dont les Vingt-Sept n’ont pas vraiment besoin en ce moment. Le solo français a aussi failli faire capoter les négociations menées au niveau international. Les États-Unis auraient pu quitter la table des négociations au sein de l’OCDE, où le sujet est sur la table depuis une année. Légiférer sans le pays creuset des multinationales aurait signifié l’enterrement de ce projet qui pénalisera de fait d’abord les géants américains, les plus nombreux dans le monde. L’arrangement trouvé entre Donald Trump et Emmanuel Macron, annoncé lundi, est donc un soulagement pour les Européens comme pour tous ceux qui souhaitent vivement instaurer cette taxe.

D’autres pays européens ont aussi l’intention de taxer les entreprises numériques

C’est vrai la que France n’est pas tout à fait seule. L’Espagne, l'Italie, l’Autriche, la République tchèque et le Royaume-Uni ont des projets similaires. Il y a donc un élan très fort en Europe, et finalement peu de farouches opposants, hormis les champions de l’impôt minimum sur les sociétés comme l’Irlande. Les pays nordiques, qui ont retoqué le projet européen proposé par la France et l'Allemagne, n'y sont pas opposés sur le fond, mais ils trouvent plus raisonnable de privilégier la négociation internationale au passage en force au niveau des Vingt-Sept.

Les entreprises concernées sont-elles prêtes à accepter cet impôt ?

Le patron de la filière britannique d’Amazon prévient que s'il doit payer cette taxe anti-Gafa, ce sera probablement au détriment des intermédiaires et des consommateurs qui la supporteront in fine. En revanche, le grand patron de Microsoft, Brad Smith, estime normal que les big tech s'acquittent d'un impôt plus en rapport avec la réalité de leur activité. Tim Cook, le patron d’Apple, s'est prononcé lui aussi en faveur d’une refonte de l’impôt sur les multinationales dans le cadre de l'OCDE. Il l'a dit lors d'une visite en Irlande, où la firme profite depuis trente ans d'avantages fiscaux, devant un public médusé qu’il a très vite rassuré sur son intention de rester sur place, quelle que soit l'évolution du cadre fiscal. Les Gafa sont donc mûrs pour une nouvelle donne fiscale. Un accord pourrait être en vue avant la fin de l'année. On en saura plus aujourd'hui en suivant ce qui se passe au forum de Davos.

EN BREF

Apple sur le point de démarrer la production d'un iPhone à bas coût. Il s'agit de concurrencer le chinois Huawei. Selon Bloomberg, la production commencera en février et l'appareil pourrait être présenté au public dès le mois de mars. Il sera comparable à l'iPhone 8, à un prix modique pour un produit Apple, mais qui ne sera toujours pas à la portée de toute les bourses, puisqu'il pourrait s'élever à 399 dollars.

À Wall Street, Tesla a franchi hier la barre des 100 milliards de dollars. C'est le seul constructeur automobile capable de franchir ce seuil symbolique, un constructeur de voiture électrique, c'est donc un signe de confiance du marché dans les nouvelles mobilités. La société d'Elon Musk vaut plus que Ford et General Motors réunis, sa valeur réelle demeure toutefois sujette à caution, étant donné le niveau de son endettement et sa très faible part du marché automobile.

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Aujourd'hui l'économie - Pourquoi le mystérieux virus panique les marchés asiatiques

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Avec l’apparition en Chine d’un nouveau virus mortel pour l’homme, Pékin redoute le pire : une répétition de la tragédie du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère). Ce coronavirus apparu au début des années 2000 avait tué des centaines de personnes et provoqué de grosses pertes économiques.

C’est à cause de la comparaison avec le drame de 2003 que les Bourses asiatiques sont hyperréactives depuis hier dans les secteurs les plus exposés, comme si l’état de pandémie était déjà avéré : hier, les compagnies aériennes ou les voyagistes, ont plongé à Shanghai et à Hong Kong. Le recul se confirme aujourd'hui pour la plupart des titres liés à la consommation tandis que les actions pharmaceutiques s'envolent. Jusqu’à près de 20% hier, à Hong-Kong, pour le laboratoire chinois fabriquant le générique du tamiflu, le médicament prescrit en cas de grippe. + 10% ce matin à Shanghai, le seuil maximal de hausse autorisé sur cette Bourse, pour d’autres titres pharmaceutiques et pour le principal fabricant de masque. Ces réactions reflètent bien la nervosité qui commence à gagner le monde chinois des affaires.

En 2003 la panique qui a suivi l’apparition du Sras, a provoqué un gros ralentissement économique

Les gens ont évité les déplacements, les rencontres pour se protéger. Les échanges entre les hommes ont subitement décéléré, et la consommation par conséquent - en voyage, restaurant, conférence - a marqué le pas. C'était la première pandémie du XXIe siècle, bien plus nocive pour l'économie que n'a pu l'être la terrible grippe de 1918 à cause de la globalisation. La Chine a perdu 1% de son PIB, l'Asie du Sud-Est un demi-point. Le commerce et le tourisme ont été les plus affectés. On en n'est pas là pour le moment, mais le danger est théoriquement démultiplié car, en dix-sept ans, la Chine s’est métamorphosée. Sa population s’est enrichie, elle voyage beaucoup plus. C’est pourquoi le risque de propagation du virus est beaucoup plus grand qu'en 2003. Une perspective inquiétante étant donné le contexte de ralentissement de l’économie chinoise. En même temps ce ralentissement est quelque part un amortisseur car en cette veille de Nouvel An chinois, avant même que l'existence de ce mystérieux virus ne soit reconnue, beaucoup de familles avaient renoncé à voyager pour éviter des dépenses.

Quelle leçon le gouvernement chinois a-t-il tiré de cette expérience ?

Qu'il fallait soigneusement et fermement calibrer la réaction. En 2003 il avait commencé par nier l'existence du virus et de ses victimes, pour ensuite prendre des mesures de contrôle drastiques qui ont littéralement confiné les gens chez eux, aussi effrayés par le mensonge initial de leur gouvernement que par l'ampleur des mesures de prévention. La peur est devenue paralysante. C'est le facteur le plus aggravant pour l'économie. On voit aujourd'hui que les autorités chinoises font un effort de transparence sur les informations dont elles disposent, et qu'elles font tout pour garder leur sang-froid. Les pays voisins sont aussi en état d'hyper vigilance. Notamment le Japon parce qu'il est devenu l’une des destinations de vacances favorites des familles chinoises. Une pandémie serait une catastrophe pour le pays hôte des Jeux olympiques d’été. Ce matin la Bourse de Tokyo accuse le coup, elle a terminé en baisse de 0,91%.

EN BREF

Une trêve est en vue entre les États-Unis et la France sur la controverse de la taxe digitale. Les importateurs américains de vins français ou de rouge à lèvre respirent mieux ce matin, Donald Trump et Emmanuel Macron sont tombés d'accord pour se donner plus de temps pour négocier. Les discussions vont se poursuivre jusqu'à la fin de l'année. Washington très énervé par la taxe sur les Gafa imposée par la France menace les exportations françaises de lourdes sanctions. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, espère trouver un accord provisoire avec son homologue Steve Mnuchin lors de leur rencontre prévue demain au forum de Davos.

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Aujourd'hui l'économie - Le Royaume-Uni post-Brexit: une chance pour l’Afrique?

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À la faveur du Brexit, les Britanniques s’intéressent à nouveau à l’Afrique. Un premier sommet est organisé ce 20 janvier 2020 à Londres pour relancer les relations économiques entre le Royaume-Uni et le continent.

Les relations commerciales entre Londres et les pays africains sont plutôt consistantes : + 14% de hausse pour les échanges entre 2018 et 2019, + 7% pour les investissements. Mais avec le Brexit qui entre dans les faits d’ici une dizaine de jours, le cadre des échanges commerciaux avec le Royaume-Uni ne sera plus régi par les règles européennes, il doit être entièrement revisité. En bien ou en mal ? La question intrigue et divise. Le Brexit risque de mettre en danger les exportations africaines protégées par les accords commerciaux européens, mais il peut aussi doper les investissements britanniques sur le continent. C’est pourquoi les 16 chefs d’État africain attendus aujourd’hui à Londres pour ce premier sommet de l’investissement britannique en Afrique ont hâte d’en savoir plus.

Boris Johnson doit s’exprimer longuement à l’ouverture du sommet pour présenter sa vision de la nouvelle relation qu’il entend relancer avec l’Afrique

Il y a urgence, car dans le sillage de l’omniprésente Chine, bien d’autres puissances s’intéressent au potentiel : le Japon, la Russie, l’Inde, sans parler de la France, l’autre ancienne puissance coloniale. Tous ces pays rivalisent dans l’organisation de sommets similaires. Et au petit jeu des comparaisons, l’évènement londonien fait pâle figure : 21 pays ont été sollicités par le gouvernement britannique, contre 43 invités par la Russie en juin à Sotchi, ou 51 par la Chine lors de son dernier sommet biennal. Le gouvernement britannique a bien conscience du retard accumulé et dit avoir recruté 400 personnes à Londres et en Afrique pour réactiver les liens endormis.

Ce sommet est axé en priorité sur les questions économiques

Il y aura un accent sur la finance, l'un des grands atouts de la Grande-Bretagne. C’est à Londres que le plus grand nombre d’entreprises africaines sont cotées. La City est appréciée pour ses capacités à lever du financement privé. Surtout dans le secteur des matières premières, de l’énergie, des activités clés pour le développement africain. La City a aussi l'expertise pour accompagner les nouveaux modes de financement. En marge du sommet le président kenyan vient inaugurer la cotation à la bourse de Londres de la première obligation verte émise par son pays, elle a été mise au point avec le soutien de la banque d’Angleterre et de la coopération britannique et elle disponible depuis quelques jours à la bourse de Nairobi. Londres promet aussi à ses hôtes africains davantage de soutien financier via son fonds pour le développement pour les grands projets d'infrastructures, deux milliards de livres dans les deux prochaines années, soit 2,3 milliards d’euros. Un chiffre élevé pour le Royaume-Uni, mais qui ne représente que 1% des investissements promis cette année par la Chine.

Comment ces initiatives britanniques sont-elles appréciées en Afrique ?

Une quinzaine de chefs d’État ont confirmé leur présence. Curieux de renouveler les relations avec le Royaume-Uni de Boris Johnson. Ils ont bien sûr leur propre agenda en tête. Le Rwanda espère attirer davantage d’investissement. Le Kenya souhaite se positionner en place financière régionale pour la finance verte, l’Égypte veut parfaire son profil de porte d’entrée du continent. À noter que l’Afrique du Nord est très présente, avec des sessions dédiées spécialement à l’Égypte, au Maroc et à l’Algérie.

► À lire aussi : Sommet Royaume-Uni-Afrique : Londres se positionne dans l'optique post-Brexit

EN BREF

Les patrons étrangers sont invités aujourd'hui en grande pompe au château de Versailles. Ils sont reçus par le président Macron, l'Élysée promet des retombées économiques importantes. De l’ordre de 4 milliards d'euros seront injectés dans l'économie française. La commande la plus importante, c'est deux milliards d'euros pour l'achat de deux paquebots aux chantiers de l'Atlantique par l'armateur italo-suisse MSC. Coca Cola ou encore le laboratoire AstraZeneca annoncent aussi des investissements.

L'industrie pétrolière doit en faire davantage pour répondre à la crise climatique. Elle doit et elle peut le faire déclare l'Agence internationale à l'énergie, le club des pays consommateurs. Selon l'AIE, en moyenne 1% seulement des investissements de cette industrie sont consacrés à la transition énergétique.

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Aujourd'hui l'économie - Accord «historique» sino-américain: à qui perd gagne

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L’étape est qualifiée « d’historique » par la Maison Blanche. Après deux ans de guerre commerciale, les États-Unis et la Chine ont signé, ce mercredi 15 janvier, un accord préliminaire pour tenter de rééquilibrer les échanges entre les deux premières économies du monde. Décryptage de Stéphane Lagarde, correspondant de RFI à Pékin.

Y-a-t-il un gagnant et un perdant dans cet accord ?

Si c’est le cas, les autorités chinoises n’en font pas état. Pourquoi ? Parce que si les Américains marquent des points, cela risque de contrarier l’opinion publique et au « pays de l’harmonie », on n’aime pas les vagues. Et si au contraire, la Chine s’en sort bien, le triomphalisme n’est pas le style de la maison. Il n’y a jamais de perdant et jamais de gagnant dans le discours de la diplomatie chinoise. Un accord avec la Chine, c’est forcément « gagnant-gagnant ». 

Le vice-Premier ministre chinois Liu He s’est pour l’instant contenté de saluer un accord qualifié d’« important ». Profil bas, à l’image de ce qu’on peut lire ce matin dans la presse officielle. Dans son éditorial, l’agence officielle Chine nouvelle (Xinhua) évoque « une approche plus raisonnable » entre les deux parties et salue « un bon début » pour régler un « différend à long terme, compliqué et ardu ». Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine se trouvent maintenant à « un nouveau point de départ », se réjouit pour sa part Le Quotidien du peuple, la voix du Parti communiste chinois. Un petit pas pour la Chine, un « pas de géant » pour les Etats-Unis comme semble le croire le président américain : ce n’est pas tout à fait comme ça que l’on voit les choses à Pékin.

Que dit-on, en Chine, du contenu de cet accord ?

Les autorités chinoises en disent pour l’instant le moins possible. Une traduction en mandarin de l’accord est sortie près de 8h après la signature du texte, mais sans précisions.

Deux mots sont importants, côté chinois : « confiance » et « patience ». Selon les experts avec qui nous avons pu parler, le plus important pour Pékin était d’arrêter l’escalade. À Washington, les deux parties n’ont pas enterrées la hache de guerre. Il ne s’agit que d’un accord préliminaire, mais cette étape est importante « pour restaurer la confiance », selon les termes de Liu He.

La reprise du dialogue est donc une petite victoire pour Pékin. Les réunions biannuelles sur le commerce entre Américains et Chinois vont reprendre. Elles avaient été mises en place sous Barack Obama, et ont été abandonnées par Donald Trump au motif que ces pourparlers n’avaient pas permis d’obtenir les résultats souhaités. Autre victoire chinoise, l’abandon du qualificatif « currency manipulator nation ».

Et puis côté américain, on se félicite d’une relance des commandes chinoises. On n’a pas le détail, mais on parle de l’achat de produits manufacturés américains pour un montant d’environ 75 milliards de dollars, 50 milliards dans l’énergie, 40 milliards de produits agricoles, 35 milliards dans les services, etc. Et l’accord comprend également des clauses sur la protection des droits de propriétés ou le transfert de technologies. Cela a été imposé par les États-Unis.

Les négociations ne font-elles que commencer ?

Oui, alors que Donald Trump aimeraient passer « immédiatement » à la suite. Pékin a en fait le pied sur le frein. D’abord parce que les autorités chinoises se méfient des rodomontades du président américain. Elles savent qu’en pleine campagne électorale, Donald Trump peut remonter ses tarifs à tout moment. Mais également parce que la phase 2, à laquelle les médias chinois ne font pas allusion, ce sont les questions qui fâchent : les subventions aux entreprises, les questions réglementaires, la cybersécurité, la censure...

Concernant ces réformes structurelles demandées par la Maison Blanche, on n’y est pas du tout. Le modèle chinois, c’est le capitalisme d’État et la Chine ne veut pas en changer, elle ne veut en tout cas pas en changer à la vitesse où le souhaiteraient les États-Unis. L’agence Chine nouvelle affirmait cet été que le Parti communiste chinois allait renforcer sa présence dans les entreprises. L’État chinois continuera de soutenir les entreprises publiques. Un accord de phase 2 comme la venue de Xi Jinping restent donc très improbables pour le moment. En tout cas avant les élections américaines.